tinbox

Expositions

back

DA-TÉ MASK #2

EMA KAWANAGO
     Vernissage vendredi 6 juin 2014 à 19h, galerie Tinbox à Bordeaux


Exposition du 6 juin au 4 juillet 2014

L'Agence Créative, 76, cours de l'Argonne, Bordeaux


Une exposition co-produite avec le Mètre Cube à Montignac (24)


Un journal Japonais a publié un article en janvier 2011 sur le phénomène « Date mask » (= masque de façade).

Après une enquête publique, les participants ont répondu qu’ils ne portent pas uniquement des masques d’hygiène pour éviter d’attraper un virus ou se protéger d’allergies, mais aussi pour une raison plus intime: se cacher des autres gens et rester anonyme. Pourtant masquer sa personnalité tout en restant connecté au public n’est pas un phénomène rare dans le monde virtuel avec l’utilisation de pseudo, du statut d’anonyme ou bien d’avatar…

Même s’ils veulent rester inconnus, le désir de communiquer est-il plus fort que celui de rester passif ?

J’ai traité ce sujet à partir des masques hygiènes et la notion d’anonymat dans mes précédents travaux sous forme de vidéo numérique (« DFENSE », 6 min, 2013). « Hide To Connect » est une installation participative.

Les visiteurs peuvent s’assoir et devenir « anonyme » afin de discuter les uns avec les autres


Ema Kawanago

mars 2014

 


Comme une sorte de constat, l’artiste met en évidence les comportements et les normes à l’œuvre dans la société japonaise actuelle. Bien que les citoyens respectent le sentiment collectif sur lequel la société repose, cela induit une uniformisation et des difficultés à pouvoir s’exprimer dans l’espace public. Comment alors s’extraire de cette uniformisation ?


Revêtant l’uniforme des travailleurs, les japonais se fondent dans la masse. À ce titre, Welcome to the Japanese society, illustre cette tendance. Symbolisant le soleil levant, le drapeau d’Ema Kawanago est entièrement conçu à partir de la tenue sans fantaisie, revêtue par la plus grande partie des actifs de ce pays. Les photographies de la série Study case of salaryman ou les gravures intitulées génération Y, nous donnent à voir ces employés « cols blancs », pris par ce sentiment collectif et dont la personnalité est totalement cachée par le simple port de cet uniforme. L’impossibilité pour les citoyens d’exprimer leur individualité dans la société en raison de leur choix délibéré de respecter des normes collectives, les conduit à déployer d’autres stratégies de différenciation. De manière inattendue, le port du masque semblerait être une stratégie pour rester anonyme dans un monde uniformisé : ainsi, avec l’oeuvre vidéo Defense, l’artiste met en scène ces salarymen qui, grâce à leur « masque de façade », se protègent de l’uniformatisation. C’est donc en se privant délibérément du seul signe de leur identité sociale, leur visage, que ces salarymen conquièrent un espace de liberté où les singularités s’épanouissent dans l’intimité d’un rapport à soi et aux autres qui est proprement imaginaire. Ce sont en quelques sortes des agents doubles, des citoyens japonais qui évoluent entre deux mondes, celui des faux semblants de la société et celui de la reconnaissance d’une individualité paradoxalement anonyme : l’avatar, le pseudonyme sont les nouveaux masques de ces individus pris entre le poids des traditions et la mondialisation. De nouvelles communautés mondialisées et dématérialisées voient le jour et coexistent avec le monde officiel. Ainsi protégés par leur avatar, ils peuvent évoluer librement, s’exprimer et enfin communiquer. Car dans la société Japonaise, il semble que les individus se contentent d’interagir, comme l’arbre et la pluie dans l’écosystème naturel. Mais dans l’intimité, et au travers des communautés imaginaires qui se créent, l’interaction s’accompagne alors d’implications créatives et affectives. On dépasse alors la simple interaction pour accéder à la véritable communication et à « l’ex-pression ». L’installation participative Hide To Connect, évoque ce désir de communiquer et de tisser des liens même sous couvert d’anonymat. Le masque protège donc l’individualité de toute pression sociale. Comme le souligne l’artiste, et comme l’a montré une enquête, le port du masque au Japon serait alors plutôt à comprendre comme un acte de protection, la constitution d’une carapace, que comme une préoccupation purement hygiéniste.


Céline Chéreau  & Cédric Vilatte

Le Mètre Cube

 


 

Galerie Tinbox
L'Agence Créative
76, cours de l'Argonne
33000 Bordeaux
(Tram B, arrêt Saint-Nicolas)
Du lundi au vendredi de 10h à 17h et sur rendez-vous

 



 
©Tinbox - Nadia Russell Kissoon
Site réalisé par Dux   -   Art Flox, portail des arts en Aquitaine   -   L'Agence Créative